Document sans nom
 
 
 


 
 
 


VIVRE AVEC LE DIABETE :

Il y a plusieurs millions de diabétiques dans le monde. Ce chiffre impressionnant recouvre en fait différents types de maladies. Seule une petite minorité de diabétiques a un diabète secondaire à une étiologie connue dont le traitement peut parfois entraîner la guérison du diabète lui même. Dans l’immense majorité des cas, la cause du diabète reste inconnue, conséquence de la conjonction de facteurs d’environnement et d’une prédisposition génétique.

L’objectif du médecin qui prend en charge un diabétique est de prévenir les complications graves de la maladie, tout en permettant au malade de mener une vie aussi proche que possible de la normale. C’est le diabétique lui même qui aura à gérer les contradictions de l’acceptation des contraintes journalières et la préservation d’une qualité de vie suffisante.

On conçoit alors l’importance de l’éducation des patients, véritable transfert des connaissances théoriques et de savoir-faire. Ces cours théoriques n’auront guère de résultats si le patient manque de disponibilité et de motivation, ou si l’on croit à la fatalité de son destin. C’est pourquoi, le médecin doit prendre en compte les croyances du malade sur la santé et son vécu psychologique de la maladie .

QUE PEUT SIGNIFIER ALORS ETRE DIABETIQUE ????

Maladie sans souffrance car on n’a pas mal à sa glycémie répondent la plupart des malades, et pourtant maladie omniprésente, tout au long du jour et pour toujours. L’absence d’étiologie reconnue conduit souvent le malade à attribuer un rôle prépondérant à l’hérédité (on recherche l’ancêtre coupable, les grands parents….) et au psychisme. La maladie apparaît bien souvent comme une tare ou une punition. Cette maladie incurable suscite une angoisse, puisque devenir diabétique , c’est réaliser brutalement que la vie est à risque. Les mots résonnent comme un glas : plusieurs comprimés ou piqûres par jour, le risque des complications dégénératives : amputation, impuissance, cécité, dialyse… .

Cette angoissante maladie, change le regard des autres, allant des commisérations à la crainte, voire la suspicion («oh ?? le pauvre, il se pique plusieurs fois par jour » ; ou « il fait des malaises soudains, devenant d’une extrême pâleur » ;ou « il a du sucre dans la poche »).

Cette maladie dont on ne souffre pas mais qui menace la vie, qui ne se voit pas mais change pourtant le regard des autres, lance donc un formidable défi à l’individu ou aux parents du diabétique. c’est donc plus qu’un deuil de la santé, qui d’ailleurs n’est pas si mauvaise, c’est autre chose qu’un renoncement à des plaisirs comme l’interdit des sucreries, c’est savoir que la vie est à risques et pour durer il faudra chaque jour compter, mesurer, évaluer.

Etre diabétique, c’est comme apprendre à vieillir précocement, ce deuil, est donc le deuil de la vie, que chacun expérimente à travers ses parents et pour son propre compte : 

« je ne suis pas éternel mais la vie vaut la peine d’être vécue » ; ou «  je ne suis pas tout puissant, mais je peux faire beaucoup de choses » ;ou « je ne suis pas parfait, mais je mérite d’être aimé »….pour atteindre donc cette sagesse joyeuse et conquérir cette force tranquille, le malade passera par des phases psychologiques :

Le déni (refus catégorique de sa maladie) suivi par un esprit de révolte (pourquoi moi ?) et puis s’installe le marchandage (le malade accepte une partie du traitement mais refuse énergiquement les autres), c’est dans cette phase que le malade n’est jamais tout à fait d’accord, il pose des questions dont il connaît déjà les réponses, cherchant à mettre le médecin en opposition avec les écrits ou les dires de telle ou tel.

Cette claudication intellectuelle reflète en faite la contradiction dans laquelle se débat le diabétique : il accepte déjà mais refuse encore. La dépression est + ou – cachée, qui mêle résignation et espoir de s’en sortir.

Le but de la prise en charge du diabétique est d’abord l’acceptation active + ou – complète de la maladie, qui permet de réduire psychologiquement les contraintes, alors le diabète devient moins contraignant que d’aller chercher l’eau à la fontaine, ce qui faisaient plusieurs fois par jour nos arrière grands-parents.

Evidement tous les diabétiques ne suivent pas ce parcours, certains brûlent les étapes. Et le travail de deuil est épargné à ceux qui bien qu’ils ont un diabète, estiment qu’ils ne sont pas transformés en diabétiques.

Quoiqu’il en soit- il serait dérisoire d’avoir une réaction en miroir face aux étapes psychologiques du malade : cataloguer de « tête de mule » le malade en déni ou en révolte, d’ « emmerdeur » celui qui marchande, de « gentil malade » le déprimé. Non, le but est d’aider le malade à trouver en lui même les ressources lui permettant de franchir ces étapes en lui montrant la voie qui mène à l’acceptation active. Il faut donc prendre le temps d’expliquer et réexpliquer au malade sa maladie, de l’éduquer intensément pour faire face et transformer le marchandage en négociation avec lui même. Veiller impérativement à éviter les mauvaises habitudes de prise en charge de la maladie, car il est difficile de les changer ultérieurement.

Par ailleurs, il faut faire attention de la « chronicisation », une manière pour le malade de faire ses affaires avec la maladie. Certains de nos diabétiques, s’estiment incapables de poursuivre un travail à plein temps en particulier ceux mis à l’insuline, et demandent à bénéficier de toutes les pensions, et toutes les cartes d’invalidité, sollicitant des certificats pour défendre leur droits.

Il est au contraire essentiel de dépister très tôt cette réaction pour les aider à surmonter la maladie et ne pas se précipiter dans la chronicisation. Si non, il sera trop tard et il ne restera plus au médecin qu’à rompre la relation avec le malade ou faire ces certificats.

En conclusion :

L’enseignement du malade diabétique doit prendre de plus en plus un rôle thérapeutique, en effet, s’il est systématique, il aura pour résultat de faire passer le diabétique du statut de patient à celui du malade actif.

Enseigner donc, c’est transmettre, faire passer un message, communiquer, donner régulièrement des explications verbales au malade. Le but n’est pas de réussir un examen, ou d’avoir une bonne note, mais il est de modifier des comportements, de rendre les diabétiques autonomes, capables de se prendre en charge. Il ne suffit pas d’informer les diabétiques, mais les former.

Ainsi le vécu du malade doit être au centre des préoccupations , il doit guider l’enseignement., un cours de pied diabétique par exemple sera plus formateur pour le groupe de diabétiques à risque, si c’est un malade ayant une lésion au pied qui raconte son expérience.

 
 
   
 
Copyright © 2007 Dr Dembri Khalid Tous droits réservés